EHPAD : pourquoi 4 résidents sur 5 ne peuvent pas payer avec leur pension

Pension, épargne, aides : comment financer une entrée en EHPAD ? New Planet Media
Pension, épargne, aides : comment financer une entrée en EHPAD ?

Organiser l’emménagement d’un parent en établissement médicalisé représente un moment délicat. À la charge émotionnelle s’ajoute rapidement une question financière : comment payer une facture mensuelle souvent supérieure au montant de la retraite ?

Pour comprendre ce décalage, il faut examiner la composition du tarif, les aides accessibles et les dépenses qui resteront réellement à la charge du résident et de sa famille.

Ce que contient réellement la facture d’un EHPAD

Le prix facturé par un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes se décompose en trois parties.

  • Le tarif soins couvre les prestations médicales et paramédicales. Il est pris en charge par l’Assurance maladie et n’est pas directement facturé au résident.

  • Le tarif dépendance correspond à l’aide nécessaire pour la toilette, l’habillage, les déplacements ou les repas. Son montant dépend du niveau de perte d’autonomie, évalué grâce à la grille GIR.

  • Le tarif hébergement comprend notamment la chambre, la restauration, l’entretien des locaux, l’administration et une partie des animations. Il représente généralement la plus grande part de la facture réglée par le résident.

La localisation, le statut de l’établissement et les prestations proposées expliquent en partie comment les tarifs des chambres d’EHPAD sont fixés.

Près de 1 000 euros d’écart selon la chambre

Les dernières données nationales publiées par la CNSA en avril 2026 portent sur les tarifs pratiqués en 2024. Elles révèlent un écart important selon l’habilitation de la chambre à l’Aide sociale à l’hébergement.

Une chambre individuelle en hébergement permanent coûtait en moyenne 2 164 euros par mois lorsqu’elle était habilitée à l’ASH, participation minimale au tarif dépendance comprise. Pour une chambre non habilitée, la moyenne atteignait 3 128 euros, soit presque 1 000 euros supplémentaires.

Ces moyennes cachent de fortes disparités territoriales. Les familles disposant d’une certaine mobilité géographique peuvent consulter le classement des départements dans lesquels les EHPAD sont les moins chers.

Une pension souvent trop faible pour couvrir le séjour

À titre de comparaison, la pension mensuelle moyenne de droit direct des retraités résidant en France s’établissait à 1 541 euros nets fin 2023, selon la Drees. Les femmes percevaient en moyenne une pension de droit direct inférieure de 38 % à celle des hommes, une inégalité qui persiste entre les retraités.

Or, les femmes constituent la majorité des résidents en établissement, notamment en raison de leur espérance de vie plus longue. Beaucoup disposent donc de revenus particulièrement éloignés du coût mensuel d’une chambre.

Les simulations de la Drees montrent qu’avant l’intervention éventuelle de l’ASH, 79 % des résidents ne peuvent pas financer leurs frais de séjour avec leurs seules ressources courantes. Même après avoir exclu les bénéficiaires de cette aide, 61 % présentent encore une facture supérieure à leurs revenus mensuels.

L’épargne et le logement servent de variable d’ajustement

Lorsque la pension ne suffit pas, le résident doit généralement puiser dans son épargne. Les livrets bancaires et les contrats d’assurance-vie sont alors mobilisés mois après mois pour combler le déficit.

La vente ou la location du logement constitue parfois l’étape suivante. Cette décision est particulièrement difficile lorsqu’elle confirme une rupture définitive avec le domicile historique.

Si les ressources personnelles restent insuffisantes, la famille peut être sollicitée dans le cadre de l’obligation alimentaire. Le conseil départemental examine alors la situation financière des descendants concernés. Les modalités et les contributions demandées varient selon les départements et les ressources de chacun.

L’APA couvre une partie du tarif dépendance

L’Allocation personnalisée d’autonomie en établissement concerne les personnes âgées d’au moins 60 ans dont la perte d’autonomie est évaluée en GIR 1 à 4.

Elle ne finance pas la chambre ni la restauration. Elle prend en charge une partie du tarif dépendance correspondant au GIR du résident.

En 2026, lorsqu’un bénéficiaire dispose de revenus inférieurs à 2 846,77 euros par mois, il reste généralement redevable du tarif dépendance minimal appliqué aux GIR 5 et 6. Au-delà de ce niveau de ressources, sa participation peut augmenter.

L’APA fait partie des principales aides permettant de financer un séjour en EHPAD, aux côtés des allocations logement et de l’ASH.

APL ou ALS : une aide variable selon l’établissement

Une aide au logement peut également réduire la facture. L’APL est accessible lorsque l’établissement est conventionné. Dans le cas contraire, le résident peut éventuellement demander l’Allocation de logement sociale.

Le montant dépend des ressources, du coût de l’hébergement, de la localisation et de la situation personnelle. Il est donc impossible d’annoncer une somme identique pour tous les résidents. Une simulation auprès de la CAF ou de la MSA reste indispensable.

L’ASH intervient lorsque les ressources sont insuffisantes

L’Aide sociale à l’hébergement est versée par le conseil départemental aux personnes qui ne peuvent pas régler leur séjour. Elle s’applique uniquement dans un établissement ou sur une place habilitée à l’aide sociale.

Avant de l’accorder, le département examine les revenus et le patrimoine du demandeur. Il peut également solliciter ses obligés alimentaires. Les sommes versées peuvent ensuite faire l’objet d’une récupération, notamment sur la succession. L’ASH figure ainsi parmi les aides sociales susceptibles d’être récupérées après le décès.

Le recours à cette aide demeure relativement limité. Les travaux de la Drees fondés sur la situation de 2019 indiquent qu’environ 18 % des résidents en bénéficiaient, malgré l’importance des difficultés financières constatées.

Une réduction fiscale réservée aux personnes imposables

Les résidents imposables peuvent bénéficier d’une réduction d’impôt équivalente à 25 % des dépenses d’hébergement et de dépendance, après déduction de l’APA et des aides au logement.

Les dépenses retenues sont plafonnées à 10 000 euros par personne hébergée, soit une réduction maximale de 2 500 euros par an.

Il s’agit cependant d’une réduction et non d’un crédit d’impôt. Si le résident ne paie pas d’impôt sur le revenu, il ne reçoit aucun remboursement. Cette mesure profite donc peu aux retraités les plus modestes.

Quatre vérifications avant de choisir un établissement

Vérifier l’habilitation à l’ASH

Une place habilitée permet de solliciter ultérieurement l’aide sociale si les ressources ou l’épargne deviennent insuffisantes. Il faut vérifier l’habilitation de la chambre elle-même, car certains établissements ne disposent que d’un nombre limité de places concernées.

Demander un devis détaillé

Le document doit distinguer l’hébergement, la dépendance et les prestations facultatives. Vérifiez le coût du linge, de la télévision, du téléphone, de la coiffure et des sorties organisées.

Un dépôt de garantie peut également être demandé au moment de l’admission. Son montant et ses conditions de restitution doivent être précisés dans le contrat. Planet.fr revient sur les règles applicables au dépôt de garantie en EHPAD.

Calculer le reste à charge réel

Le portail public pour-les-personnes-agees.gouv.fr propose un comparateur prenant en compte l’APA et les aides au logement. La plateforme PapyHappy permet également de comparer les établissements et de préparer les questions indispensables à poser pendant une visite d’EHPAD.

Construire un budget sur plusieurs années

Il faut additionner les pensions, les aides, les revenus locatifs éventuels et l’épargne mobilisable. Un travailleur social du CCAS, du conseil départemental ou de l’établissement peut accompagner cette démarche.

Ce budget doit aussi intégrer les besoins du conjoint qui demeure à domicile et les éventuelles dépenses imprévues. Les proches, déjà mobilisés dans l’accompagnement, peuvent se renseigner pour faire reconnaître leur rôle d’aidant et obtenir du soutien.

Comparer uniquement le prix affiché ne suffit donc pas. Le bon calcul consiste à mesurer le reste à charge après les aides, mais aussi sa soutenabilité dans la durée. Cette anticipation évite une décision précipitée ou un changement d’établissement lorsque l’épargne vient à manquer.

Sources

Publié le par Charles Martel

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