Dénutrition : ces 5 signes chez un proche âgé doivent vous alerter

Dénutrition : ces 5 signes chez un proche âgé doivent vous alerter Istock

« Ne t’inquiète pas, j’ai mangé. » La réponse semble rassurante. Pourtant, lors de vos visites, vous remarquez que les portions diminuent, que les courses restent dans le réfrigérateur ou que votre parent paraît moins solide sur ses jambes.

Ces changements ne doivent pas être attribués trop vite à l’âge. Une perte de poids involontaire ou un manque d’appétit durable mérite une attention médicale, même si votre proche assure aller bien.

La dénutrition apparaît lorsque les apports ne couvrent plus les besoins de l’organisme. Elle peut être favorisée par une maladie, des difficultés à manger ou des obstacles très concrets, comme porter les courses et préparer les repas. Les signes suivants ne permettent pas de poser un diagnostic, mais ils peuvent vous aider à ouvrir la discussion.

1. Ses vêtements flottent alors qu’il n’a pas cherché à maigrir

Une ceinture resserrée d’un cran, un pantalon qui glisse, une montre devenue trop lâche : le vestiaire révèle parfois une perte de poids avant que l’entourage ne la remarque sur le visage.

Ces indices ne remplacent pas une pesée. Ils justifient toutefois de demander, avec tact : « Est-ce que tes vêtements sont devenus plus larges récemment ? » Une personne peut perdre du muscle tout en conservant une silhouette ronde. Le surpoids ne protège pas de la dénutrition.

Chez les personnes de 70 ans et plus, la Haute Autorité de santé retient notamment une perte d’au moins 5 % du poids en un mois ou 10 % en six moisparmi les critères physiques du diagnostic. Pour quelqu’un qui pesait 60 kilos, 5 % représentent seulement 3 kilos.

Le diagnostic nécessite néanmoins d’associer ce constat à une cause, comme une diminution des apports ou une maladie. N’attendez pas d’atteindre ces seuils pour consulter si l’amaigrissement vous inquiète.

À domicile, une pesée au moins mensuelle constitue un repère utile. Proposez-la sans insister ni transformer le chiffre en jugement. En cas de perte de poids, le professionnel de santé pourra prévoir un suivi plus rapproché.

2. Les repas s’accumulent dans le réfrigérateur

Les yaourts achetés la semaine dernière sont toujours là. Les plats livrés restent presque intacts. Le déjeuner se résume de plus en plus souvent à un café et quelques biscuits.

Plutôt que d’inspecter les placards à son insu, proposez à votre proche de regarder ensemble ce qu’il reste et de préparer la prochaine liste de courses. Cela permet de parler des repas sans donner le sentiment d’être surveillé.

Derrière des aliments délaissés, les explications peuvent être nombreuses : manque d’appétit, fatigue, perte du goût, difficulté à ouvrir les emballages, budget serré ou absence d’envie de cuisiner seul.

Une consommation réduite de moitié pendant plus d’une semaine est un signal important à transmettre au médecin. Ce constat ne suffit pas, à lui seul, à conclure à une dénutrition sévère.

Une aide aux courses, des portions plus faciles à réchauffer ou un repas partagé peuvent lever certains obstacles. Mais si votre proche mange de moins en moins, l’aide pratique doit s’accompagner d’une recherche de la cause.

3. Il évite certains aliments ou tousse pendant les repas

La viande reste dans l’assiette. Le pain n’est plus apprécié. Chaque bouchée semble demander davantage de temps. Avant de penser à un simple changement de goût, demandez si manger fait mal.

Une dent abîmée, une prothèse qui blesse ou une bouche sèche peuvent compliquer la mastication. Un rendez-vous chez le chirurgien-dentiste peut alors être nécessaire.

D’autres manifestations orientent vers des troubles de la déglutition : toux répétée en mangeant ou en buvant, sensation d’aliment bloqué, voix devenue « mouillée » après une gorgée.

Ces signes justifient un avis médical rapide.Une évaluation par un orthophoniste ou une équipe spécialisée peut être proposée. Les textures des aliments et des boissons doivent être adaptées à la difficulté identifiée : tout mixer ou épaissir systématiquement les liquides n’est pas une réponse universelle.

Privilégiez une installation stable et confortable, sans presser la personne. Ne poursuivez pas un repas si elle s’étouffe. Si elle ne peut plus respirer, parler ou tousser efficacement, appelez immédiatement le 15 ou le 112 et suivez les consignes.

4. Il abandonne son assiette après quelques bouchées

« Je suis déjà rassasié. » « Je finirai plus tard. » Ces phrases reviennent à chaque repas, alors que les quantités consommées diminuent.

Manger peut devenir fatigant : rester assis, couper les aliments et mâcher demandent des efforts. Mais une fatigue à table ne prouve pas une dénutrition. Une douleur, un trouble du sommeil, une maladie ou un médicament peuvent aussi intervenir.

Signalez notamment une somnolence nouvelle ou un essoufflement inhabituel. Une difficulté respiratoire importante nécessite une prise en charge urgente, pas simplement une modification des menus.

Pour rendre les prises alimentaires plus accessibles, de petites portions et des collations peuvent être proposées selon les conseils du professionnel. Un goûter apprécié sera parfois mieux accepté qu’une assiette débordante.

Pensez aussi à faire le point sur les traitements pris au quotidien. Certains peuvent modifier l’appétit, la vigilance ou la salivation. Ne les arrêtez jamais sans avis médical.

5. Il a moins de force pour se lever ou sortir

Votre proche pousse davantage sur les accoudoirs pour quitter son fauteuil. Il marche moins longtemps ou renonce à une promenade qu’il appréciait.

Ces changements ont plusieurs causes possibles, mais l’alimentation mérite d’être examinée. Des apports insuffisants peuvent contribuer à la perte de masse et de force musculaires, fragiliser l’équilibre et augmenter le risque de chute.

Les apports en protéines restent essentiels pour préserver les muscles. Les besoins doivent toutefois être adaptés à l’état de santé, à l’activité et aux éventuelles maladies.

Informez le médecin de cette baisse de capacités. Un accompagnement nutritionnel et une activité physique adaptée peuvent être nécessaires. En attendant, dégagez les passages et évitez les exercices improvisés qui mettenttraient votre proche en difficulté.

Comment l’aider sans lui imposer de grosses assiettes ?

Le premier réflexe n’est pas de répéter « mange davantage », mais de comprendre ce qui rend le repas difficile.

Lorsqu’un enrichissement est indiqué, il permet d’apporter davantage d’énergie et de protéines sans augmenter fortement le volume des portions. Selon les goûts et les éventuelles restrictions médicales, on peut notamment :

  • ajouter du fromage râpé ou du lait en poudre dans une purée ;
  • enrichir une préparation avec de la crème ou une matière grasse ;
  • proposer un œuf bien cuit, un laitage ou un entremets apprécié ;
  • répartir les apports entre les repas et des collations.

Ces propositions doivent respecter les capacités de déglutition et les préférences de votre proche. Le plaisir de manger reste important : retrouver un plat aimé ou partager la table peut compter autant que revoir le menu.

Si nécessaire, le médecin prescrit des compléments nutritionnels oraux, notamment lorsque les mesures alimentaires ne suffisent pas ou que la situation le justifie d’emblée. Ils complètent habituellement les repas et peuvent être pris en charge par l’Assurance maladie sous conditions.

Ne restez pas seul face à la situation

Notez quelques observations concrètes : depuis quand les portions diminuent, quels aliments sont évités, comment le poids évolue. Avec l’accord de votre proche, partagez ces éléments avec les professionnels qui l’accompagnent.

Le médecin traitant recherche les causes et organise la prise en charge. Le pharmacien, le diététicien, le dentiste, l’orthophoniste ou les intervenants à domicile peuvent également contribuer aux solutions.

Pour les courses, la préparation ou le portage des repas, renseignez-vous auprès du CCAS, du point d’information local ou du conseil départemental. Selon la situation et le plan d’aide, l’APA peut participer au financement de certaines prestations.

L’essentiel est d’agir tôt, sans transformer chaque repas en épreuve. Aider une personne à mieux manger, c’est aussi lui permettre de conserver ses choix, ses habitudes et le plaisir de vivre chez elle.

Sources 

Publié le par Charles Martel

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