L’apparition de fuites urinaires provoque fréquemment un sentiment de honte. Que la situation vous concerne directement ou touche un proche que vous accompagnez, elle ne doit pas rester dissimulée.
L’incontinence devient plus fréquente avec l’âge, mais elle ne constitue pas une conséquence normale et inévitable du vieillissement. Elle traduit un dysfonctionnement dont les causes doivent être recherchées. Des traitements, une rééducation adaptée et quelques aménagements permettent souvent d’améliorer nettement le quotidien.
Un trouble fréquent qui favorise l’isolement
Selon l’Assurance maladie, l’incontinence urinaire concerne au moins 2,6 millions de personnes âgées de plus de 65 ans en France. Sa fréquence réelle pourrait être supérieure, car de nombreuses personnes n’en parlent jamais à leur médecin.
La crainte d’un accident ou d’une odeur conduit parfois à renoncer aux promenades, aux repas de famille et aux activités collectives. Progressivement, la personne réduit ses sorties, perd confiance et s’isole.
Les envies nocturnes augmentent également le danger de chute chez les personnes âgées. Se lever précipitamment, dans l’obscurité, avec des articulations raides ou un traitement sédatif, expose à des accidents parfois graves.
Reconnaître les différents types de fuites urinaires
Toutes les incontinences ne se ressemblent pas. Identifier les circonstances des fuites aide le médecin à proposer une prise en charge adaptée.
L’incontinence urinaire d’effort
La fuite apparaît sans besoin préalable d’uriner, lors d’une toux, d’un éternuement, d’un rire, d’un effort physique ou du port d’une charge. Elle est généralement liée à une faiblesse du plancher pelvien ou du sphincter urinaire.
Elle peut survenir chez la femme après une grossesse, un accouchement ou en présence d’un prolapsus. Chez l’homme, elle apparaît notamment après certaines interventions sur la prostate.
L’incontinence par urgenturie
La personne ressent une envie brutale et difficile à retenir. La fuite survient avant qu’elle ait pu atteindre les toilettes. Ce tableau peut correspondre à une hyperactivité de la vessie, mais une infection, un calcul, une maladie neurologique ou un obstacle à l’écoulement des urines doivent parfois être recherchés.
L’incontinence mixte
Elle associe des fuites à l’effort et des épisodes d’urgenturie. La prise en charge doit alors agir sur les deux mécanismes.
L’incontinence fonctionnelle
La vessie peut fonctionner correctement, mais la personne n’atteint pas les toilettes assez rapidement en raison d’une arthrose, d’un handicap moteur, d’un logement mal aménagé ou de troubles cognitifs. Dans cette situation, adapter l’environnement devient aussi important que traiter la vessie.
Il existe également une incontinence par regorgement, lorsque la vessie ne se vide pas correctement. Elle se manifeste parfois par des fuites en goutte-à-goutte et impose de rechercher notamment un obstacle prostatique ou une rétention urinaire.
Rechercher en priorité les causes réversibles
Une aggravation soudaine des fuites doit conduire à rechercher une cause récente. Une cystite peut provoquer des envies pressantes et des accidents inhabituels. Une constipation sévère ou un fécalome peut également perturber la vidange de la vessie.
Certains traitements favorisent les troubles urinaires : diurétiques, somnifères, sédatifs ou médicaments susceptibles d’entraîner une rétention. La polymédication chez les seniors justifie donc une réévaluation régulière. Aucun médicament ne doit toutefois être arrêté sans avis médical.
Chez l’homme, le médecin recherche notamment une augmentation du volume de la prostate. Chez la femme, un prolapsus ou une fragilité des tissus liée à la ménopause peut participer aux symptômes.
Une consultation rapide est nécessaire en présence de sang dans les urines, de fièvre, de brûlures importantes, de douleurs dans le dos, d’une impossibilité d’uriner ou d’une faiblesse neurologique apparue brutalement.
Préparer la consultation avec un calendrier mictionnel
Le médecin traitant constitue le premier interlocuteur. Il interroge le patient sur les circonstances des fuites, leur fréquence, les difficultés à vider la vessie, les maladies associées et les traitements suivis.
Avant le rendez-vous, il est utile de tenir un calendrier mictionnel pendant deux à trois jours. Il suffit de noter :
- les horaires des boissons ;
- les quantités approximatives consommées ;
- l’heure de chaque passage aux toilettes ;
- le volume d’urine lorsque cela est possible ;
- les envies urgentes et les épisodes de fuite ;
- l’activité pratiquée au moment de l’accident.
Une bandelette urinaire ou un ECBU peut être prescrit pour rechercher une infection. La mesure du résidu urinaire après la miction, souvent réalisée par échographie, est proposée selon les symptômes. Le bilan urodynamique n’est pas systématique : il est réservé aux cas complexes ou envisagé avant certaines interventions.
La rééducation reste une solution de première intention
La prise en charge dépend du type d’incontinence, de sa cause et de son retentissement. Pour les fuites à l’effort, la rééducation périnéo-sphinctérienne constitue le traitement initial.
Accompagnée par un kinésithérapeute formé, elle permet de mieux identifier les muscles du périnée, puis de travailler leur contraction et leur relâchement. Le biofeedback peut aider la personne à visualiser son effort musculaire.
En cas d’urgenturie ou d’incontinence mixte, cette rééducation peut être associée à un entraînement comportemental. L’objectif consiste à espacer progressivement les passages aux toilettes et à mieux contrôler les besoins pressants.
L’âge ne constitue pas, à lui seul, une contre-indication. Le programme doit simplement être adapté aux capacités physiques, cognitives et neurologiques de chacun.
Faut-il boire moins pour limiter les fuites ?
Réduire brutalement sa consommation d’eau est une mauvaise stratégie. Une urine trop concentrée peut irriter la vessie, tandis qu’une hydratation insuffisante favorise la constipation, les infections urinaires et la déshydratation.
En l’absence de contre-indication médicale, une consommation totale d’environ 1,5 litre de boissons par jour constitue un repère courant. Ce volume doit être adapté en cas d’insuffisance cardiaque, de maladie rénale ou de prescription imposant une restriction hydrique.
Il est préférable de répartir les boissons dans la journée et de diminuer les quantités à l’approche du coucher pour limiter les réveils nocturnes.
Le café, le thé, les boissons énergisantes et l’alcool peuvent aggraver les envies chez certaines personnes. Plutôt que d’imposer une longue liste d’interdictions, le calendrier mictionnel permet d’identifier les boissons réellement déclenchantes.
Adapter le logement pour éviter les accidents
Lorsque les déplacements deviennent plus lents, quelques aménagements réduisent le risque de chute :
- dégager le trajet entre le lit et les toilettes ;
- installer des veilleuses avec détecteur de mouvement ;
- retirer les tapis glissants ;
- poser une barre d’appui ;
- utiliser un rehausseur de toilettes si nécessaire ;
- choisir des vêtements faciles à ouvrir ;
- prévoir, sur avis professionnel, une chaise percée près du lit.
Un ergothérapeute peut évaluer le logement et proposer des équipements adaptés aux capacités de la personne.
Choisir une protection sans renoncer au traitement
Les protections absorbantes permettent de continuer à sortir et à participer aux activités pendant la mise en place du traitement. Elles ne doivent toutefois pas remplacer l’évaluation médicale.
Il existe plusieurs modèles :
- protections anatomiques pour les fuites légères ;
- sous-vêtements absorbants pour les personnes autonomes ;
- changes avec attaches pour les fuites importantes ou les personnes dépendantes ;
- alèses lavables ou jetables pour protéger le fauteuil et le lit.
Les serviettes hygiéniques classiques sont moins adaptées, car elles ne sont pas conçues pour absorber rapidement l’urine.
La protection doit être changée régulièrement. Une toilette douce, un séchage par tamponnement et, si nécessaire, l’utilisation d’un produit barrière limitent les irritations. Une rougeur persistante, une plaie ou une douleur cutanée justifie un avis soignant.
Quelles aides pour financer les protections ?
Les protections ne sont généralement pas remboursées directement par l’Assurance maladie. Leur coût peut néanmoins être intégré au plan d’aide de l’APA à domicile, après évaluation par l’équipe médico-sociale du département. Il faut alors conserver les justificatifs d’achat.
En EHPAD, les protections nécessaires sont fournies par l’établissement et comprises dans le tarif payé par le résident. Des aides complémentaires peuvent aussi être demandées, selon les ressources, auprès d’une caisse de retraite, d’une complémentaire santé ou du CCAS de la commune.
Sources