La fracture générationnelle

La fracture générationnelle

La relation des parents-enfants n’est plus ce qu’elle a été et ne parlons pas des liens grands parents- petits enfants qui dans de nombreuses familles, frôlent l’inexistence. Pierre Perret regrette l’absence de nouvelles de ses petits-enfants comme il le précise dans une interview, mais il est fréquent que les jeunes s’affligent du manque d’intérêt de leurs grands-parents à leur égard. Ça part en cacahuètes diraient certains. Mais que se passe-t-il dans notre société ?

Jeunisme et individualisme

La société prône l’individualisme et le jeunisme. Mais quelles sont les retombées de cette vision de la relation aux autres ? Force est de constater que les jeunes ne sont pas seuls fautifs dans l’histoire. L’individualisme est devenu une condition de réussite afin d’obtenir l’aisance financière, la liberté de mouvement seulement le pendant de cette inclinaison est la perte de liens sociaux et notamment familiaux. Les relations légères, les amitiés sont plus valorisées, car elles sont sans contraintes. Cet individualisme concerne toutes les générations et aucun ne peut prétendre donner la palme à l’autre. Les parents de ces enfants ou ados travaillent, bien souvent ils sont divorcés si bien qu’ils demandent aux grands-parents de jouer leur rôle, par obligation ou par facilité, selon les cas. 

Les grands-parents voilà encore une quarantaine d’années, jouaient ce rôle de soutien de famille et bénéficiaient d’un statut d’aîné respecté. Aujourd’hui, les seniors grands-parents profitent dès leur retraite, passent du bon temps en voyageant, multiplient les activités, car la mode du « jeunisme » implique de se faire plaisir à soi en revoyant ses priorités familiales. Les parents ne peuvent plus compter sur les grands-parents, les enfants perdent le lien avec leurs propres parents et leurs grands-parents, car personne n’a vraiment tort dans cette histoire : Marcel Rufo, pédopsychiatre déclare que ce n’est pas aux grands-parents de jouer le rôle des parents, mais les parents n’arrivent plus à jouer leur rôle et les enfants se retrouvent dans une nébuleuse où personne ne peut ou ne veut s’occuper d’eux.

Reconsidérer le statut d’aîné

A cela s’ajoute une autre réalité, celle de la longévité des seniors. Si on bascule sur le plan économique, la tension monte : les retraités coûtent de l’argent et ce sont les jeunes générations (leurs enfants devenus parents, les petits-enfants devenus grands) qui s’y collent ! Ce même écart d’âge évoqué précédemment de 40 ans, implique de concourir à leurs besoins sur une longue période ! Là, c’en est trop diront les concernés par cette ponction financière.

Alors que faire ? Peut-on s’hasarder à une petite suggestion. Regardons un peu en arrière ou auprès des populations moins impactées par la consommation exagérée et on y trouve un début de réponse, car il est évident que le service public doit considérer ce phénomène inédit au regard des effets du baby-boom, mais il est nécessaire de reconsidérer le statut de l’aîné au sein même de la famille. La société n’a pas réponse à tout, chacun doit prendre sa part dans ce vaste changement sociétal.  En effet, la société individualiste que nous connaissons aujourd’hui dans les sociétés occidentales favorisent le « jeunisme », la performance au mépris de la sagesse des anciens et des vertus de la famille.

Si le petit-fils passait plus de temps avec son grand-père, il découvrirait des centres d’intérêt communs et le grand-père profiterait de l’esprit neuf de son petit-fils, ce serait un retour aux valeurs familiales, à l’entraide et à la bienveillance. Seulement, ce scénario idyllique se fait rare, car le grand-père considère son petit-fils comme un « petit con » et le petit-fils appréhende son ainé comme « un vieux crouton » A cela s’ajoute le mécontentement des parents qui ne peuvent pas compter sur leurs aînés.

On peut considérer que ce n’est pas gagné et que chacun doit faire un pas l’un vers l’autre, car il s’agit d’un changement profond de société ! On ne doit pas abuser non plus de l’entraide familiale des ainés sous prétexte qu’ils ne travaillent plus !

La vision à l’égard des personnes dites, âgées, est à revoir, car on a dans ce groupe identitaire, les jeunes retraités, les aînés en perte d’autonomie et les personnes dépendantes. Autant de besoins différents auquel il faut répondre et autant d’individus qui n’ont pas les mêmes capacités !

Tout est à inventer et à conceptualiser actuellement, cela ne peut être qu’une grande richesse si nous mêlons les différentes générations, si elles s’impliquent et vivent ensemble. À savoir ne plus cloisonner les tranches d’âge mais les réunir au moyen du concept intergénérationnel, cela permet de rétablir la notion du geste spontané en s’éloignant de cette notion capitaliste qui se base sur l’action du travail et donc du bénéfice tout en s’isolant. Les aînés sans famille peuvent jouer aussi un rôle auprès des enfants qui ne profitent pas de leurs grands-parents.

La solidarité comme mode de vie n’a jamais été autant d’actualité auprès des personnes âgées, mais pas que… auprès de tous ! Selon le proverbe africain, « tout seul on va plus vite, Ensemble on va plus loin ». Restaurons les valeurs familiales pour que chacun trouve sa place et que la joie d’être ensemble retrouve son attractivité.

Rédaction : Véronique Jestin