Seniors : vivre son homosexualité

Seniors : vivre son homosexualité

Les seniors LGBT ont vécu une grande partie de leur vie, en se cachant dans un contexte où la tolérance sur la différence n’était pas répandue. C’est pourquoi l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés » prenait tout son sens. Le manque de tolérance renvoie à nos peurs, celle très primaire et ancienne que l’homosexualité est une maladie contagieuse. Malgré toutes les connaissances à ce sujet, les croyances et les préjugés restent très ancrés dans la société. Il n’y a pas si longtemps l’homosexualité relevait de la psychiatrie.

Gros plan visage d'un femme âgée pensive

Maurice, Monette, Lucien et Thérèse sont tous nés dans l’entre-deux-guerres. Ils partagent le fait d’être homosexuels et d’avoir osé le vivre au grand jour à une période où la société les rejetait voire les martyrisait. « Les Invisibles » de Sébastien Lifshitz est un documentaire sur ces homosexuels devenus les seniors d’aujourd’hui.

Les seniors homosexuels de demain bénéficieront du chemin parcouru de ces hommes et femmes qui revendiquent le droit de vivre au grand jour, sereinement.

Quand homosexualité rime avec isolement social

Une fois le troisième âge atteint, on se rattache souvent à des valeurs communes. L’isolement devient un moteur pour se rapprocher de personnes qui partagent les mêmes modes de vie. Cela implique aussi les mêmes tendances sexuelles. En EHPAD ou résidences seniors, l’exclusion des homosexuels peut être subie. Les conséquences sont alors multiples comme un plus grand isolement, l’impossibilité de parler de sa vie, de ses émotions et donc de soi. En découlent un taux de suicide plus important et des états dépressifs sévères.

La longévité étant favorisée dans notre société où le bien vieillir est envisageable, les seniors souhaitent se retrouver. Autour de valeurs communes mais aussi de conversations qui ont du sens pour eux. Au même titre que les retraités de la SNCF peuvent avoir accès à des EHPAD réservés exclusivement aux anciens travailleurs des chemins de fer, les LGBT (lesbiennes-gays-bisexuels-transsexuels) revendiquent ce même droit.

Un homme assis sur un lit regarde de vieilles photos

Le but recherché est bien sûr de protéger ces personnes contre les discriminations mais aussi de leur donner l’opportunité de vieillir sereinement avec d’autres individus auprès de qui ils peuvent s’épanouir. D’autant que cette population souffre de solitude. Selon un rapport de 2013 du ministère délégué aux personnes âgées, 1,3 millions de LGBT avaient plus de 60 ans en France. Moins de 10 % ont des enfants. Certains subissent le rejet familial.

Ouverture de la première maison de retraite LGBT publique à Madrid

En 2018, cet EHPAD a ouvert ses portes et il est le premier financé entièrement par la Mairie de la ville. Il est accessible aux seniors avec des faibles ressources financières et peut accueillir près de 100 résidents. La structure est ouverte à tous. Elle permet aux seniors homosexuels de ne plus « avoir à vivre dans le mensonge » précise Federico Armenteros, à l’origine du projet.

Des initiatives en France

Le projet de la « maison de la diversité » porté par Stéphane Sauvé, ancien directeur d’EHPAD devrait ouvrir ses portes à Paris, en 2021. La Fondation des Petits Frères des Pauvres a conclu en fin d’année 2019, un partenariat avec Rainbold Society, start-up de Stéphane Sauvé. Ils recherchent un bien immobilier de 500m2 à acquérir pour réaliser la Maison de la Diversité. Cette résidence serait un habitat participatif et inclusif (basé sur un projet de vie solidaire au bien-vieillir), intergénérationnel. Ce logement propose des appartements en location et accueillerait des homosexuels et des hétérosexuels volontaires ! On peut imaginer dans les années à venir, un déploiement de ces résidences et EHPAD sur toute la France. Nice, Nantes et Bordeaux seraient intéressées par cette initiative.

En parallèle, Anne Hidalgo la maire de Paris a annoncé en 2018, le déploiement du label « Greypride bienvenue » à l’ensemble des EHPAD gérés par la ville. Ce label induit de signer une charte, de mettre en œuvre un plan de formation pour le personnel et évaluer leur engagement.

Les comportements s’adoucissent avec une volonté des gouvernements de gagner en bienveillance envers toutes les populations vieillissantes de notre pays. Les associations de lutte contre l’homophobie sont sollicitées par les politiques pour proposer des solutions concrètes d’amélioration des conditions du vieillissement des retraités homosexuels.

Rédaction : Véronique J